Allo Monsieur le commissaire, je suis un  bon français et mon devoir m'oblige à vous envoyer un e-mail pour dénoncer les agissements d'un dangereux esprit subversif à la solde de communistes hytériques

DANS LE MEME DOSSIER

L'été sur TF1, fêtez-le en chansons (Capharnaüm, 1996)

A la Saint Sylvestre envoie tes amis paître (Capharnaüm 1997)

"Dans un grand vent de fleurs": de la bière à l'eau de rose (Capharnaüm 1997)

"La bicyclette bleue": Une héroïne que l'on a envie de chevaucher

Monsieur Le Pen se trompe : le péril qui menace notre grand et beau pays n'est pas une déferlante d'immigrés ne pensant qu'à piquer notre beau travail. Ce mal qui nous menace est plus subtil et diffus : notre pays est tout simplement gravement menacé de connerie. Et TF1 heureusement a été la première à donner l'alerte. Mais était-ce vraiment dans le but de nous prévenir ?

epuis que je me suis mis en tête de réussir tous les concours administratifs, les français qui n'aspirent qu'à suivre la voie tracée par une sommité intellectuelle que sans prétention aucune je me targue d'incarner. Du coup les jeux consacrés à la culture générale font fureur : " Le maillon faible ", " Burger quizz " ou encore le truc de Nagui. Pour suivre le mouvement même " Questions pour un champion " a dû se mettre au diapason en adaptant ses questions en adoptant désormais des thèmes comme " Urgences ".
TF1 dont l'esprit poujadiste n'est plus à démontrer nous présente l'image d'une France rurale qui respire le bonheur de vivre, sans usines, sans villes polluées ( voire même sans villes du tout), sans jeunes, sans immigrés. Une France que l'on pourrait résumer par cette devise : Travail-Famille-Patrie. Regardez le JT de Pernaut et vous verrez que je n'exagère pas. Mais laisser de médiocres citoyens lambda se faire humilier ne suffit pas. Il fallait aller plus loin en invitant nos édiles (débiles ?) à participer à leur tour à ces réjouissances histoire de légitimer du sceau de l'utilité publique ce genre de programme. Bref en deux mots comme en cent on a demandé aux maire de faire les putes, du genre regarde mon loulou comme je connais bien tes envies sexuelles, viens dans ma commune tu verras que tu sera pas déçu.
Le décor ne nous trompe pas : un buste de Marianne qui accompagne le titre de l'émission écrit en bleu blanc rouge et des pupitres arborant les mêmes couleurs, le tout sur fond sonore de Marseillaise remixée par DJ Robert. On sait à quoi s'en tenir, surtout quand ce sont Pernaut et Boccolini qui sont appelés à la barre. Vais-je pouvoir le supporter ? Oui car mon chat et mon chien ont unis leurs forces pour m'encourager tandis que ma 106 hélas n'a pas tenu le choc et en a perdu son frein arrière. Elle en avait sûrement assez de ronger son frein.
Ce qui est marrant c'est qu'il n'y aucune grande ville de représentée à l'exception tout de même de Muret quand même sous préfecture de la Haute Garonne qui est mon département c'est dire ma consternation. Les maires sont vieux, mâles (11% de femmes seulement dans l'auditoire ce qui prouve qu'elles ne sont peut être pas aussi connes comme certains stéréotypes machistes qui parsèment ce site pourraient tenter de laisser croire) et présentent tous les signes de la ruralité consanguine ancrés profondément dans leur chair.
Mais les questions ? Je dirais simplement que pour briller dans ce jeu, on demande aux maires non de bien gérer leurs communes (l'adduction d'eau n'est il est vrai guère télégénique) mais d'être calé en foot (qui a marqué le troisième but français lors de la finale du Mondial 98), en fringues (quel est le vêtement masculin jugé le plus ringard par les hommes suivi d'une dissertation sur le slip) et en cul (nombre de fois où les français font l'amour dans l'année). Cette dernière question fait pendant à celle où on leur demande le nombre de partenaires sexuels moyens pour les hommes et qui nous apprend que ces derniers sont de coquins prétentieux en estimant ce nombre à 11 alors que les femmes plus sages se contentent de 3 ou 4 vu que quand elles me rencontrent elles n'ont plus besoin de chercher plus loin. La baguette a également droit de cité. En répondant bien roulée au lieu de bien cuite à la question relative à la façon dont les français la préfèrent, un maire d'outre-mer qui a eu droit aux sarcasmes tentés d'un rien de racisme (mais juste une pellicule alors) de Boccolini a surenchéri en précisant " bien roulée comme Laurence " ce qui souligne un manque de discernement certain qui lui excusera cette regrettable participation.
Un qui est inexcusable par contre et cet élu qui a répondu " Frédéric François " au lieu de " Yannick ". Boccolini qui n'est plus à un stéréotype raciste près a jugé utile de supposer que Frédéric François était dans cette hypothèse passé dans un micro-ondes. Ce maire gersois un rien empoté s'est alors confondu en excuses en précisant qu'il avait appuyé sur le mauvais bouton. Lolo lui a ensuite accordé son pardon en admettant qu' " on appuie sur le mauvais bouton dans le Gers, c'est bien connu ". En gros, mon gars, t'es un plouc et retourne dans la cambrouse d'où tu viens pour ne plus jamais revenir. De même un autre maladroit s'est exonéré de toute responsabilité (" J'ai eu un problème avec l'appareil ") en précisant toutefois " l'appareil que j'ai entre les mains bien sûr ". Moralité, gaffe à celui qui se plante car il est ensuite montré du doigt comme l'idiot du village. La patience de Boccolini hélas n'y résistera pas et elle finira par déclarer forfait : " Je ne veux pas voir ceux qui ont mal répondu, j'ai honte pour eux ". Nous aussi.
Comment en effet accepter d'un maire qu'il ignore qu'il a un chapeau officiel (seulement 18% savent lequel), ce que signifie " c'est de la balle " (19% de bonnes réponses). Les huées pleuvent. Les élus sont des arriérés qui ne savent que piquer dans la caisse et ignorent tout de leurs administrés (comment accepter qu'ils ne sachent pas quel est le sens préféré des français) au vu de ces scores catastrophiques. Les lanternes rouges sont d'ailleurs régulièrement mises en évidence. Bref l'incompétence crasse baigne nos édiles. Et si poujadisme était un euphémisme ?
Enfin terminons par cette dernière remarque de bon sens de Boccolini dont l'intelligence n'a eu de cesse de rayonner durant toute l'émission. En voyant la photo de la plus petite mairie de France (" oh comme elle est mignonne cette mairie bien de chez nous porteuse des saines valeurs de notre population travailleuse qui ne manque pas à ses obligations pieuses en allant à l'Eglise tous les dimanches "), elle remarque judicieusement que " je ne pourrais pas épouser Carlos ". Et que Pernaut ne se mette pas à y ajouter son sel d'un " c'est de la bombe " malvenu car sa comparse le remet aussitôt en place d'un " Mais d'où venez vous, vous fréquentez le peuple ? ". Pour avoir moi-même été dans une vie antérieure un fils du peuple, je comprend la honte qui a dû empourprer ses joues tant est intense le poids de la souffrance endurée durant cette période honnie et dont les stigmates hantent toujours mes nuits agitées.
Et puis je suis revenu à mes obligations, encore vivant malgré tout et relativement intact. Mais quand dans une conversation des étrangers me demandent de quel pays je suis, je change alors de sujet en parlant de la pluie et du beau temps.