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De la Manche à Menton, cette fille superbe de la tête aux pieds m'a retourné, j'en avais le cœur dans mes chaussettes. Je l'avais dans la peau et j'aurais mis ma main au feu que c'était réciproque. Mais il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes et il y a loin de la coupe aux lèvres. Colosse au pieds d'argiles, j'ai fini par battre ma coulpe après lui avoir tiré les vers du nez tandis que les médisants en font des gorges chaudes.

e n'est pas évident d'aborder une femme quand on a un cheveu sur la langue. Le ridicule n'est jamais loin alors du coup je n'ai pas le cœur à rire. Ce serait mieux si j'avais la langue bien pendue. Il faudra bien pourtant que je prenne le problème à bras le corps.
Elle était belle comme un cœur, et mordait la vie à pleines dents. Belle à couper le souffle tous les hommes lui courraient après à en perdre haleine. Resplendissante des pieds à la tête, elle vous mettait le diable au corps. De quoi tomber à genoux. Sans sourciller, j'ai sauté à pieds joints dans le piège qu'elle me tendait. Ses yeux de biche en amande, sa bouche en cœur et son petit nez en trompette, qui eut pu y résister ? Sa grâce incendiaire achevait le tableau et damnerait un sein, pardon un saint. J'ai pourtant été à un cheveu près de conquérir son cœur, elle était prête à me suivre à Menton bras dessus, bras dessous. C'était autrement plus romantique qu'un séjour dans l'Aisne ou une traversée de la Manche.
Hélas cette histoire m'est restée sur l'estomac. Sans doute ai-je eu les yeux plus gros que le ventre. C'est mon talon d'Achille. Il faut toujours que je tende la joue pour recevoir une correction. Autrefois, un peloton d'exécution m'eût mis en joue. Pourtant plus d'une fois je fus pris à la gorge. A croire que je suis bête comme mes pieds. Reste que chaque fois je sus avec sang froid et le mors aux dents faire front à l'affront. A la force du poignet, en serrant et en ne lésinant pas sur l'huile de coude, je sus repartir du bon pied.
Mais à force de se croire sorti de la cuisse de Jupiter, on finit par s'en mordre les doigts. J'ai eu beau serrer les fesses, ça n'a servi à rien. Peut-être bien que je n'ai pas la taille de mon génie ni les yeux en face des trous. Faire des ronds de jambe était bien insuffisant. Je m'étais cependant échiné à mettre du cœur à l'ouvrage ; A bien des moments j'ai eu à taper du poing sur la table, et mes interlocuteurs en avaient les oreilles qui sifflaient. Ils étaient habitués à m'obéir au doigt et à l'œil, sous peine de voir leurs carrières finir dans un cul de sac.
J'ai toujours conduit ma vie les poings sur les hanches pour ne pas la finir sur les rotules. Ne voulant pas prêter le flanc à la critique, j'avais les reins solides. Croyant avoir eu le nez creux, je jurai la main sur le cœur que ce coup-ci je n'aurais pas de bile à me faire. Inutile de se ronger les sangs, je réussirais haut la main.
Elle m'avait mis l'eau à la bouche, je lui ai alors fait les yeux doux mais je suis tombé sur un os avant de me prendre les pieds dans le plat alors la queue entre les jambes j'ai pris mes jambes à mon cou.
Je me pris alors la tête à deux mains (si vous le voulez bien) et pour décompresser j'ai soufflé à plein poumons. Toujours bon pied bon œil même si j'en avais gros sur le cœur, et comme j'ai le bras long, je tâchai de comprendre. C'est alors que mes cheveux se dressèrent sur ma tête. Le cœur a ses raisons que la raison ignore, si bien que j'avais fait peu de cas de ce moment où je la vis rire à gorge déployée avec celui qui devait être la cheville ouvrière de ma mésaventure. En effet, ce détail me mit la puce à l'oreille. Mes genoux se dérobèrent sous moi, puis je m'en arrachai les cheveux. Ah, commettre une telle erreur de taille ! Je connaissais pourtant la leçon sur le bout des doigts, mais une fois de plus le destin me tirait les oreilles. Ca va me faire les pieds. Tout le monde va finir par me montrer des doigts, rien que d'y penser j'en ai les foies.
La tête enfoncée dans les épaules, je remis les pieds sur Terre. Mes succès passés m'étaient montés à la tête. Des huiles de haut rang d'Oran me rabâchèrent les oreilles avec des " fais gaffe à ne pas attraper la grosse tête ".
" Je m'en bats les couilles " rétorquai-je à tort. Je m'étais heurté ici à un gros bras. Pour pouvoir dormir sur mes deux oreilles, il fallait que je sois sur mes gardes, que je prête l'oreille non à mon prêteur mais à tout élément susceptible de me faire tordre le cou. J'ai même été à un doigt de la mort, un type en cheville avec mon rival, ayant réussi à tromper ma vigilance. Mais tout cela n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, et conscient de la responsabilité qui pèse sur mes épaules, j'achevai de dresser l'oreille. Bien décidé à terrasser ce cancer qui pollue mon existence, je laissai la bride sur le cou de mes ancillaires qui, le doigt sur la couture, m'étaient dévoués corps et âme. Je changeai alors mon fusil d'épaule et mis mon courroux en sommeil pour mieux endormir mon adversaire de ma fausse candeur. Cette haine viscérale ne m'empêcha pas de dénouer des querelles intestines dans son propre camp, uniquement pour paraître à ses yeux dévoué et plein de bonne volonté.
Au sein de son palais pourtant bien des sourds complots se tramèrent. C'est alors je découvris que cette fille au cœur d'artichaut, devenue son âme sœur, qui ne versait que des larmes de crocodiles, était derrière tout cela. Je n'avais plus que mes yeux pour pleurer. Ca me fait une belle jambe.